6 démos au Shakirôle – juin 2026 – Paris
Johan, moins photogénique qu'une enclume
photo Shakirail
Shakirôle, festival du jeu de rôle indépendant. Loin là-bas, dans le 18e arrondissement, de l'autre côté Paname pour moi. Une heure trente de transport, mais sous des températures heureusement clémentes. Finie la canicule. Il fait même un brin froid option crachin. La kiffance.
Or donc, le Shakirail, tiers-lieu artistique installé (assez durablement semble-t-il, il ne donne pas l'impression d'un squat éphémère) dans une friche industrielle en bordure des rails. Un ancien bâtiment de la SNCF, je crois bien. Je n'ai pas eu le temps de visiter car je n'ai pas arrêté. J'arrive pile à 14 h, comme je m'y étais engagé, pour trouver ma table déjà remplie. Les recruteurs d'Opale sont d'une redoutable efficacité. Je pose mes sacs, sors mes petites tuiles, et m'y colle direct. Premier
Camlann de la journée, première victoire. Je me chauffe.
Le lieu dans lequel je mène est extraordinaire. C'est un atelier de métallurgie artistique. Des machines, des outils et des matières premières (du métal de récup') dans tous les coins, et même des œuvres en cours de réalisation. La vache, on se croirait dans
Hellraiser ! C'est. Trop. Cool.
Il n'y a qu'un défaut, l'éclairage est méga violent. Des LED hyper blanches et hyper puissantes. La photo qui illustre ce compte rendu a été prise sans flash, et votre écran n'est pas déréglé. L'éclairage est tellement agressif qu'on pourrait croire que ma table est sous un scialytique. Normal pour un atelier dans lequel on soude et travaille le métal. Pas le genre d'activité que tu as envie de faire dans la pénombre, ce serait un coup à perdre un œil ou un doigt. Pour moi par contre, un poil inconfortable.
Le problème est que l'installation électrique est basique. Un seul interrupteur pour tout allumer et éteindre. Mais sans éclairage, il fait vraiment trop sombre pour jouer. Il faudra donc faire avec les LED. Je m'arrange avec un orga pour masquer la lampe qui me gêne le plus, une applique murale en face de ma chaise, et m'accommode du reste. Quand même, j'ai regretté de ne pas avoir de casquette. J'ai envié le joueur à droite de la photo : une visière m'aurait changé la vie.
Allez, au taf. Je me coordonne avec les Opaliens d'astreinte à l'accueil pour recruter. Ils me trouvent des volontaires, je complète au besoin, ça tourne bien. Résultat, six parties en sept heures, la plupart à cinq joueurs. Une vraie bonne perf' si on considère que les touristes n'étaient pas légion. La majorité des rôlistes présents s'étaient en effet préinscrits pour des parties longues sur le site d'Opale, de sorte qu'il n'y avait pas tant que cela d'électrons libres susceptibles d'être recrutés au débotté.
Entre mes démos, je déambule à la recherche de gentilles victimes dans la salle principale (où se trouvent la scène et la buvette), ainsi qu'aux alentours du bâtiment (où sont installées des tables de pique-nique). À l'intérieur, des étals avec plein de super fanzines rôlistes et un paquet de stars indées. Ça dédicace à tout va. Le stand du Rayon Alternatif est impressionnant. Il dégueule de produits tous plus attirants les uns que les autres. L'orgie rôliste indépendante existe, je l'ai vue de mes yeux vu.
Je me suis interrogé dans le dedans de mon moi-même. Est-ce que tu restes alternatif quand tu te trouves dans une convention alternative ? Une bonne partie de ce qui fait que tu es punk, c'est la différence avec ton entourage. Tu n'as pas la même culture, les mêmes vêtements, les mêmes goûts musicaux, les mêmes valeurs. Ton décalage détonne. Mais en concert punk, avec plein de punks habillés comme toi, qui kiffent la même zique que toi, se démarquent de la même façon que toi et pensent pareil que toi, est-ce que tu es encore punk ou est-ce que tu deviens un monsieur tout le monde, genre un comptable à crête ? Qui sont les alternatifs de l'alternativerse ? Question existentielle. Vous avez quatre heures.
Moi clairement, je ne les avais pas. Recrutement, démo, recrutement, démo, ad nauseam. Je ne chôme pas. Le public est très cool. Plein de jeunes gens (certains un peu moins jeunes) fort agréables, qui se font massacrer de bon cœur. Parmi eux, Clément De Ruyter, le créateur de
Donjons & Chatons, meilleur jeu du môôônde. Pour ma part, tunnel de
Camlann car les tables sont hétérogènes tendance noob ou semi-noob. Six parties dans la journée, toutes super sympa. Et c'est un strike : six victoires d'affilée, ce qui ne m'était pas arrivé depuis, pfff, hyper longtemps. Bon sang, la chevalerie bretonne a pris ultra cher !
Les deux dernières parties sont un peu à l'arrache. Outre que je commence à être bien crevé, on est dans l'heure du repas. Les Opaliens recruteurs se sont rentrés, ne reste que bibi pour tenir la maison
Sombre. Je ne parviens pas au full cast, mais décide tout de même deux fois quatre joueurs à s'asseoir à ma table.
Au briefing de la dernière partie, je fais comme à mon habitude un tour de table pour m'enquérir de l'expérience rôliste des gens que j'ai en face de moi. La jeune femme que vous voyez de dos sur la photo, celle en col roulé orange, me répond avec une totale décontraction : «
Game of Thrones au village avec Jean-Patrick » (j'ai changé le prénom). Putain, méga barre de rire ! Cette déclaration a fait ma journée. Rien que pour elle, le Shakirôle valait le coup. Et c'était entièrement vrai, hein. Elle a effectivement joué à
GoT dans son village normand avec un meneur local prénommé Jean-Patrick. Trop fort.
Ensuite, j'ai littéralement éclaté la table. Deux instakills au premier Tour, pur massacre. Tellement que j'ai fait monter Perceval en renfort, que j'ai lui aussi one-shoté deux Tours plus tard. Conclusion ludique logique d'une journée de baraka. Parfois, les dés sont avec moi.
21h, je m'en retourne fourbu dans mes pénates. Ce fut une rude conv. Du gros taf, une semaine pile après mon animation sous canicule à la médiathèque de Sucy. Exigeant pour l'organisme que tout cela, ce d'autant que j'ai passé la journée sous les scialytiques. Imaginez-vous sept heures d'affilée dans le fauteuil de votre dentiste. À force, ça use. Je m'écroule en rentrant chez moi, et dors onze heures.
À la base, je me demandais si je reviendrais le lendemain, mais ai sagement décidé que non. Je connais mes limites. Mieux vaut un très bon samedi, ce qui fut le cas, qu'un week-end entier durant lequel je ne fais que de la merde le dimanche tellement je suis crevé. Sunday bloody sunday ? Thanks, but no thanks.
Les mercis
+ Merci au Shakirail pour son accueil.
+ Merci à Nishruu et Opale Rôliste pour l'orga en amont et le recrutement sur place.
Mon body count
6 parties, 28 joueurs, 29 personnages, 29 morts