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Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : jeu. mars 19, 2026 4:32 pm
par Islayre d'Argolh
Rosco a écrit : jeu. mars 19, 2026 4:24 pm
Jiohn Guilliann a écrit : jeu. mars 19, 2026 4:11 pm Sinon, vous demandez à ma femme, elle vous dira. Elle tient absolument à ce que j'entre moi aussi dans le nazgul. Euh... le spectre.

Achete un chat blanc

Joli !

Tueur de femme

Publié : jeu. mars 19, 2026 4:57 pm
par Rosco
Merci
Toujours prêts à etre au service, surtout avec un chapeau

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : ven. mars 20, 2026 10:41 am
par cdang
Jiohn Guilliann a écrit : jeu. mars 19, 2026 4:11 pm Sinon, vous demandez à ma femme, elle vous dira. Elle tient absolument à ce que j'entre moi aussi dans le nazgul. Euh... le spectre.
Je ne t'apprend pas qu'il y a une composante génétique...

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : ven. mars 20, 2026 11:32 am
par Rosco
Hello
Mon passeport,
Suite et fin
Je recois un sms de l'ANTS,
Me disant que mon passeport est prêt et de contacter la mairie de depot pour le retrait.
Aorès plusieurs tentative infructueuse de joindre la mairie, j'ai enfin quelqu'un au bout du fil, qui a la limite de l'enervement m'indique de passer quands je veux.
Passage ce matin, avec la même fonctionnaire qui ne souhaitait pas accepter ma photo.
Et qui me le donne sans rien dire.
Moralite
Lenpouvoir c est pas fait pour tout le monde

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : ven. mars 20, 2026 12:25 pm
par Jiohn Guilliann
cdang a écrit : ven. mars 20, 2026 10:41 am
Jiohn Guilliann a écrit : jeu. mars 19, 2026 4:11 pm Sinon, vous demandez à ma femme, elle vous dira. Elle tient absolument à ce que j'entre moi aussi dans le nazgul. Euh... le spectre.
Je ne t'apprend pas qu'il y a une composante génétique...
Cette composante génétique vient d'une mutation. Elle a très bien pu apparaître à la conception de notre fils ainé.

Mais surtout, je ne vois pas pourquoi ça viendrait plus de moi que d'elle. C'est vrai que je n'aime pas la sensation au toucher de l'espèce de carton maché des boites à oeufs, mais ça ne m'empêche pas d'en manger. J'ai des centres d'intérêts hors du commun, je déteste la "musique" des dernières décennies sans harmoniques et les tâches administratives, je n'aime pas faire la fête, je m'intéresse à des trucs dont tout le monde se fout, mais ça peut venir autant de ma culture geek (la vraie :-)) que de gênes mutés. D'un autre côté, je suis très à l'aise en société, j'ai un solide sens de l'humour et je peux tenir le regard des gens*.
D'un autre côté, ma femme change de boulot tous les 2 ans (au mieux !), n'a pas d'amis, me laisse m'occuper de la paperasse, va à fond dans les trucs qui l'intéressent jusqu'à ce qu'elle s'en lasse (j'ai de la chance d'être encore là !), au bout de quelques mois...

Après, ça vient peut-être de moi quand même, hein ! C'est son insistance à vouloir me faire entrer dans le spectre autistique qui m'amuse.

* J'ai pris volontairement ces exemples caricaturaux, puisqu'ils sont assez révélateurs.
 

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : ven. mars 20, 2026 12:45 pm
par Inigin
Tout ce que tu dis me parle et je n’ai aucun lien avec Mr No.

Je me demande dans quelle mesure des outils calibrés à trop large maille ne font pas sur-apparaître des phénomènes ultra-minoritaires (il faut quand même aider les gens à qui ça pose des problèmes). Il ne faut surtout pas oublier que si on se sent inadapté au monde, le problème ne vient pas de nous (mais des exigences du monde qui n’ont rien à voir avec une adéquation à nos besoins).

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : ven. mars 20, 2026 1:39 pm
par cdang
Jiohn Guilliann a écrit : ven. mars 20, 2026 12:25 pmMais surtout, je ne vois pas pourquoi ça viendrait plus de moi que d'elle.
Ça peut venir des deux 😈

Jiohn Guilliann a écrit : ven. mars 20, 2026 12:25 pmD'un autre côté, je suis très à l'aise en société, j'ai un solide sens de l'humour et je peux tenir le regard des gens.
Moi aussi.

Au passage, le coup de regarder dans les yeux, c'est en grande partie du bullshit : ça s'observe dans les études en milieu clinique, mais pas du tout quand on laisse les enfants en milieu libre et non structuré. En fait, l'absence de contact visuel lors d'une consultation est un bon moyen de détecter l'autisme, en revanche, ça ne s'observe pas dans la vie de tous les jours.

Karen E. Adolph et Kelsey L. West, « Autism: The face value of eye contact », Current Biology, 20 juin 2022, vol. 32 n°12 (DOI : 10.1016/j.cub.2022.05.016)
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9527854/
As predicted by the prevailing dogma, autistic children rarely looked at their parent’s face. But here’s the kicker — neither did same-aged neurotypical children. [...] In fact, Yurkovic-Harding, Lisandrelli et al. found no differences between autistic and neurotypical groups on any measure.
[...]
Rather than eye gaze, joint attention was guided by looking at each other’s hands. [...] Hand actions specify the partner’s target of interest because autistic and neurotypical people usually look at the objects they are manipulating with their hands. Hands beat out eyes for cuing joint attention because hand location is a more reliable cue than eye gaze for where someone is looking8. In fact, unless a social partner looks straight into your face, it is quite difficult to determine the target (or even the direction) of your partner’s gaze. In contrast, it is quite easy to determine the partner’s target of interest via their hand contact [...].

Moreover, along with hand contact and eye gaze, the partner’s physical proximity, body position, head orientation, manual gestures, and vocalizations (e.g. talking about the target object) redundantly specify the target object. And neurotypical infants and their caregivers capitalize on the entire suite of behaviors to share joint attention.

[...]

why do autism researchers and clinicians put so much emphasis on face looking in autistic children? Likely, the primary reason is because inattention to faces during clinical assessments reliably distinguishes autistic from neurotypical children.

Pour les autres différences concernant les TSA sans déficience ni retard verbal (anciennement Asperger), je compare ça à la conduite automobile :
  • il y a des choses que l'on a intégré de manière automatique, par exemple démarrer : enfoncer l'embrayage, passer la première, accélérer légèrement, relâcher l'embrayage ; ou bien suivre une courbe en restant sur sa voie ;
  • il y a des choses que l'on fait de manière consciente, par exemple respecter les signalisations.
Lorsque l'on fait quelque chose de manière consciente, on peut ne pas le faire (p.ex. rouler au-dessus de la vitesse limite, ne pas s'arrêter au stop...), soit volontairement (il n'y a pas de risque, ça me fait chier, je suis pressé), soit par inattention, soit en raison de la fatigue...

Donc quand je parle cash, ça peut être volontaire, mais ça peut être aussi parce que j'ai baissé ma garde et que ma soi-disant impolitesse est involotaire.

Un certain nombre de codes sociaux sont intégrés de manière automatique chez les allistes, mais doivent être fait de manière consciente chez les autistes ; mais iels le font quand même. Juste ça provoque de la fatigue mentale, qui est plus ou moins bien gérée selon les cas.

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : ven. mars 20, 2026 2:18 pm
par Ravortel
Ravortel a écrit : mar. mars 03, 2026 5:38 pm Décidément, c'est la saison...
Moi, moi, moi, je fais refaire un passeport. Pour moi.
Site ANTS, aucun souci. Je peux m'interrompre et reprendre mon brouillon plus tard. Adresse vérifiée, paiement 86€, RAS.De là, il me propose une douzaine d'adresses de mairies avec leur planning de disponibilité, super, celle de ma ville a un créneau le lendemain, je clique.
Photo, le photomaton marche sans hoquet. Ca devient suspect.
Arrivée à la Mairie, je suis en avance. Qu'à cela ne tienne, je prends un ticket auprès de la dame de l'accueil.
La salle d'attente est pratiquement déserte. Et y'a du wifi.
Suspect, que je vous dis.
Et là, la petite voix au plafond susurre : "ticket C21, au guichet".
Je me lève.
La jolie brune sur ma droite se lève (repérée dès mon entrée).
Je regarde mon ticket : C21
Elle regarde son ticket : ben j'en sais rien, mais j'imagine bien, puisqu'elle se dirige d'un pas ferme vers les guichets.
Sur le panneau d'affichage, on a DEUX lignes C21, une pour le guichet 16 un pour le guichet 8.
Moi je suis un homme galant, je la laisse passer devant (et puis elle avait 3m d'avance de toutes façons). Donc elle va tout droit au guichet 16.
Mais il n'y a aucun guichet 8.
TADAM.
Je me tourne de droite et de gauche, perplexe, finit par accrocher le regard d'un homo fonctionaris enchaîné là, il lève un sourcil, j'avance d'un pas, ticket C21 à la main. Il me montre le guichet 16. Avec la jolie brune...
S'ensuit un cataclysme bureaucratique. Le chef s'en mêle, concile d'urgence, apparemment quand la dame de l'accueil émet des ticket ça fait doublon avec l'automate, il ne faut pas, etc. Tout ça devant moi. Finalement, la dame du guichet 15 m'a pris en pitié et m'a proposé de traiter ma demande elle-même, nonobstant le guichet imaginaire 8 (c'est pas un symbole de chance pour les chinois, ça ? Ben pas chez nous !) qui n'existait qu'en version kafkaïenne.
Fin du TADAM.
Le reste s'est déroulé tip-top, comme disent nos amis helvêtes, j'ai été surpris que les empreintes ne prennent pas les pouces mais si ça convient, pas de souci.
Maintenant on attend le retour, et là... Loterie.
TADAM.
2 à 8 semaines.

Le film aurait été tourné par Lelouch, j'atais un homme heureux. Mais là, c'était Kafka.
Le passeport est disponible. Reste à voir quand la mairie le sera pour me le remettre...

aaah, trouvé :
Lundi, mercredi et jeudi de 8h30 à 17h
Mardi de 10h à 17h
Vendredi, de 8h30 à 20h

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : ven. mars 20, 2026 2:33 pm
par Cuchurv
Dans le genre buté tu as aussi les banques... J'ai demandé 3x un justificatif d'une transaction financière (dans le cadre mon boulot s'entend). Réponse complètement à côté de la plaque les trois fois. Bon ben... Renvoi à l'envoyeur alors ?
Je parie qu'ils vont m'envoyer le justif que je demandais d'ici deux jours !

Même chose avec une autre, je leur demande 2x, je rejette au bout du délai légal. Ils me répondent avec le justificatif : vous pouvez pas rejeter, c'est pour vous d'abord ! Je leur ai gentiment répondu que le rejet était du à leur silence, et non parce que c'était pas pour nous !

J'ai déjà du boulot pour trois et ces neuneus me font perdre mon temps... 😤

Quant aux gens de l'accueil, hum... Je vais pas virer dans le potilikon et le fil actualité donc je ne dirais rien de la dotation globale des communes.

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : ven. mars 20, 2026 4:57 pm
par Harfang2
Tiens ma première semaine ou je ne suis pas débordé depuis fin aout.

Du coup, j'en ai profité pour refaire une lame chose que je n'avis pas fait depuis... des années. Précisons que je suis novice sur le sujet, j'ai eu peu l'occasion de le faire faute de temps alors que j'aime le principe, d'habitude j'utilise plutôt la forge de manière utilitaire pour de la ferronerie ou du formeage.
C'est, donc un travail d'ork; la lame est épaissé, droit, mais le fil est moyennement droit, lui, et il y a deux ou trois endroit pas terrible, notamment deux petites fissures sur le corps, mais bon, comme on est sur une ame qui doit bien faire 8 mm d'épaisseur et 5 cm de large , ça ne craint pas trop niveau solidité et j'ai fendu du bois vec ça marche.

Bon, je pense que je ne serais jamais prêt pour le meilleur forgeron, mais ça me fait quand même plaisir de pouvoir sortir une lame utilitaire.

Avant (enfin, son frère, sans trou)

Image

Après

Image

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : ven. mars 20, 2026 5:50 pm
par Ravortel
On sent bien le travail d'orc, et les orcs s'y connaissent bien en la matière.

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : ven. mars 20, 2026 5:52 pm
par Harfang2
Nan mais, les lames fines, subtiles et elfiques, je crois que c'est pas fait pour moi ^^

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : ven. mars 20, 2026 7:53 pm
par senradackod
cdang a écrit : ven. mars 20, 2026 1:39 pm
Jiohn Guilliann a écrit : ven. mars 20, 2026 12:25 pm Mais surtout, je ne vois pas pourquoi ça viendrait plus de moi que d'elle.
Ça peut venir des deux 😈
Jiohn Guilliann a écrit : ven. mars 20, 2026 12:25 pm D'un autre côté, je suis très à l'aise en société, j'ai un solide sens de l'humour et je peux tenir le regard des gens.
Moi aussi.

Au passage, le coup de regarder dans les yeux, c'est en grande partie du bullshit : ça s'observe dans les études en milieu clinique, mais pas du tout quand on laisse les enfants en milieu libre et non structuré. En fait, l'absence de contact visuel lors d'une consultation est un bon moyen de détecter l'autisme, en revanche, ça ne s'observe pas dans la vie de tous les jours.

Karen E. Adolph et Kelsey L. West, « Autism: The face value of eye contact », Current Biology, 20 juin 2022, vol. 32 n°12 (DOI : 10.1016/j.cub.2022.05.016)
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9527854/
As predicted by the prevailing dogma, autistic children rarely looked at their parent’s face. But here’s the kicker — neither did same-aged neurotypical children. [...] In fact, Yurkovic-Harding, Lisandrelli et al. found no differences between autistic and neurotypical groups on any measure.
[...]
Rather than eye gaze, joint attention was guided by looking at each other’s hands. [...] Hand actions specify the partner’s target of interest because autistic and neurotypical people usually look at the objects they are manipulating with their hands. Hands beat out eyes for cuing joint attention because hand location is a more reliable cue than eye gaze for where someone is looking8. In fact, unless a social partner looks straight into your face, it is quite difficult to determine the target (or even the direction) of your partner’s gaze. In contrast, it is quite easy to determine the partner’s target of interest via their hand contact [...].

Moreover, along with hand contact and eye gaze, the partner’s physical proximity, body position, head orientation, manual gestures, and vocalizations (e.g. talking about the target object) redundantly specify the target object. And neurotypical infants and their caregivers capitalize on the entire suite of behaviors to share joint attention.

[...]

why do autism researchers and clinicians put so much emphasis on face looking in autistic children? Likely, the primary reason is because inattention to faces during clinical assessments reliably distinguishes autistic from neurotypical children.
Je m'autorise à émettre une réserve : l'article cité se concentre sur l'inattention des autistes au visage d'autrui, et la reconnaît comme un critère discriminant observable en consultation, mais qui ne pourrait pas être généralisé dans d'autres circonstances. D'expérience, pour l'avoir observé chez mon fils quand il était en bas âge (je précise qu'il est non-verbal), je dirais que c'est faux. Plutôt que d'inattention au visage, je parlerais de regard fuyant. Et c'est bien par ce que nous avons vu que son regard se dispersait, incapable de se concentrer sur quoi que ce soit (figure, main, nourriture), que nous avons compris qu'il y avait un problème (d'autant plus que son regard pouvait auparavant se concentrer sur quelque objet que ce soit sans difficulté). 
En somme, c'est la régression constatée qui met la puce à l'oreille.

Pour le coup, je trouve ces psychologues ou pédopsychiatres un brin sûrs d'eux, et leurs conclusions me semblent relever de l'interprétation comportementaliste, qui n'entraîne pas franchement mon adhésion parce qu'elle se révèle souvent éminemment subjective (je les soupçonne de vouloir se faire mousser au détriment d'une théorie dominante, prevailing dogma).

En revanche, ce qui est notable, c'est que cette dispersion du regard, comme toutes les autres stéréotypies autistiques que j'ai pu observer, est évolutive (en fonction de facteurs que j'imagine multiples), est qu'il est désormais beaucoup plus facile de capter le regard de notre fils ,devenu un adolescent depuis.


Je reviens aux CRA que l'on évoquait plus haut : oui, leurs plannings sont bien remplis, et je ne suis pas sûr que la situation se soit arrangée (de notre côté, cette évaluation eut lieu il y a plus de dix ans), et j'imagine qu'il y a aussi des disparités géographiques.

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : sam. mars 21, 2026 8:56 pm
par Ravortel
Ravortel a écrit : mar. mars 03, 2026 5:38 pm Décidément, c'est la saison...
Moi, moi, moi, je fais refaire un passeport. Pour moi.
Site ANTS, aucun souci. Je peux m'interrompre et reprendre mon brouillon plus tard. Adresse vérifiée, paiement 86€, RAS.De là, il me propose une douzaine d'adresses de mairies avec leur planning de disponibilité, super, celle de ma ville a un créneau le lendemain, je clique.
Photo, le photomaton marche sans hoquet. Ca devient suspect.
Arrivée à la Mairie, je suis en avance. Qu'à cela ne tienne, je prends un ticket auprès de la dame de l'accueil.
La salle d'attente est pratiquement déserte. Et y'a du wifi.
Suspect, que je vous dis.
Et là, la petite voix au plafond susurre : "ticket C21, au guichet".
Je me lève.
La jolie brune sur ma droite se lève (repérée dès mon entrée).
Je regarde mon ticket : C21
Elle regarde son ticket : ben j'en sais rien, mais j'imagine bien, puisqu'elle se dirige d'un pas ferme vers les guichets.
Sur le panneau d'affichage, on a DEUX lignes C21, une pour le guichet 16 un pour le guichet 8.
Moi je suis un homme galant, je la laisse passer devant (et puis elle avait 3m d'avance de toutes façons). Donc elle va tout droit au guichet 16.
Mais il n'y a aucun guichet 8.
TADAM.
Je me tourne de droite et de gauche, perplexe, finit par accrocher le regard d'un homo fonctionaris enchaîné là, il lève un sourcil, j'avance d'un pas, ticket C21 à la main. Il me montre le guichet 16. Avec la jolie brune...
S'ensuit un cataclysme bureaucratique. Le chef s'en mêle, concile d'urgence, apparemment quand la dame de l'accueil émet des ticket ça fait doublon avec l'automate, il ne faut pas, etc. Tout ça devant moi. Finalement, la dame du guichet 15 m'a pris en pitié et m'a proposé de traiter ma demande elle-même, nonobstant le guichet imaginaire 8 (c'est pas un symbole de chance pour les chinois, ça ? Ben pas chez nous !) qui n'existait qu'en version kafkaïenne.
Fin du TADAM.
Le reste s'est déroulé tip-top, comme disent nos amis helvêtes, j'ai été surpris que les empreintes ne prennent pas les pouces mais si ça convient, pas de souci.
Maintenant on attend le retour, et là... Loterie.
TADAM.
2 à 8 semaines.

Le film aurait été tourné par Lelouch, j'atais un homme heureux. Mais là, c'était Kafka.

Je vous avais laissé sur une promesse de normalité administrative. Une ligne droite, presque suisse, pavée de créneaux horaires et de bonne volonté municipale.

Erreur de débutant.

J'ai reçu l'avis SMS m'indiquant que mon passeport est disponible. Me voilà donc de retour à la mairie, confiant, presque insolent. J’ai mon ticket : D42. Un chiffre solide, rassurant, qui sent la réponse à tout. Je m’assois.

La salle d’attente est pleine. Pas bondée façon concert de rock, non, mais suffisamment dense pour que chaque chaise occupée devienne une petite forteresse de résignation. Ça tousse, ça soupire, ça scrolle. Le wifi est toujours là, mais il a perdu son innocence. Pas de jolie brune à l'horizon, déception secrète.

Et là, la voix.

Toujours la même. Venue du plafond, d’un interstice dimensionnel, ou d’un vieux haut-parleur soviétique recyclé.

“Ticket D35, guichet 14.”

Très bien.

“D36.”

Logique.

“D37, D38…”

Le rythme s’accélère. Une sorte de mitraillage bureaucratique.

“D39, D40, D41…”

Je me redresse. C’est mon moment. Mon heure. Mon D42 intérieur frémit.

Silence.

Puis :

“D43, guichet 12.”



Je vérifie mon ticket. Toujours D42. Fidèle au poste.

“D44… D45…”

Là, je commence à comprendre. Je ne suis pas dans une file d’attente. C'est un glissement spatio-tempoel, une faille Kafkaïenne. Un truc du genre.
Je regarde autour de moi. Personne ne bronche. Les gens acceptent. Ils ont vu des choses.
Je décide d’attendre. Parce que de toutes façons, que faire d'autre ? Je ne vais pas remettre la p'tite dame de l'accueil dans l'embarras.

Et soudain :

“D42, guichet 16.”

Comme si de rien n’était. Comme si nous n’avions pas sauté un battement de cœur collectif.
Je me lève, avec la dignité d’un homme qui revient d'une faille spatio-kafkaïenne, presque intact.

Guichet 16. Évidemment.

Et là… lui.

L’homo fonctionaris. Le même. Toujours enchaîné à son poste invisible, gardien des anomalies.
Je tends mes papiers, ma carte d'identité, bien sûr.
Il pianote. Il fronce légèrement les sourcils. Ce micro-froncement qui annonce les tempêtes.

“Effectivement, votre CI est bien arrivée…”

Pause.

“Mais attendez… pourquoi en avez-vous déjà une ?”

Alors là.
Je sens le sol se dérober. La réalité se plisse.
Moi, une carte d’identité ? Je viens chercher un passeport. Un PAS-SE-PORT. Objet concret, petit carnet, écrit doré sur la couverture, tamponnable.
Je tente de bredouiller quelque chose d'à peu près vaguement cohérent.

Nouvelle phase de pianotage. Regard penché. Soupir administratif, catégorie 2.

“Ah.”

Le “Ah” qui change tout.

“Ecoutez, je vais aller voir. Peut-être que la collègue qui l'a enregistré s'est trompée.”

Peut-être, oui. J'espère bien, en tous cas.

Quelques manipulations supplémentaires, un geste de validation qui ressemble à un rituel ancien, et enfin… l’objet. Le Graal. Le livret tant attendu.

Je le récupère. Je le regarde. Il existe.

Mais avant de partir, mon regard dérive. Sur la droite.

Un panneau.

Guichet 8.

Je m’approche. Lentement. Comme attiré par une vérité interdite.

“Déclarations de décès.” D3 perte de SAN.

Voilà donc où il se cachait.

Le fameux guichet 8.

Pas imaginaire. Non. Simplement… réservé aux cas où l’attente ne pose plus aucun problème.

Je suis reparti avec mon passeport et une certitude : dans ce bâtiment, il y a des interstices interdimensionnels, et les chiens de Tindalos rôdent.

Dans quatre ans, je referai ma carte d'identité. Je prépare déjà les sortilèges de protection. J'espère que personne ne m'a vu, au guichet 8.

Re: Moi, moi & moi dans le froid mais toujours vaillants (malgré l'âge)

Publié : sam. mars 21, 2026 9:43 pm
par Orlov
Très bon récit en tout cas !