Le Checknews de Libé n'est pas d'accord :
CheckNews Non, la désinformation russe n’a pas ralenti après les attaques ukrainiennes sur les infrastructures du géant informatique Yandex
Si une chute de l’activité de bots russes a bien été mesurée, après les frappes de drones sur le moteur de recherche, entre jeudi 8 et dimanche 11 octobre, l’observation porte sur des logiciels d’indexation automatique de sites web et non des robots conversationnels formés à attiser la discorde en ligne.
(...) il y a bot et bot. En effet, la chute des requêtes automatisées transitant par le réseau Yandex, telle que mesurée par Cloudfare Radar, concerne, pour une très grande part, des robots d’indexation des moteurs de recherche (notamment YandexBot). Ces web crawlers sont des programmes qui consultent, analysent et cataloguent les nouvelles pages (et les pages mises à jour) sur Internet. Après l’attaque du dimanche 11 octobre, ce taux est descendu durant quelques heures à 87 %. En temps normal, plus de 99 % des requêtes informatiques transitant sur le réseau Yandex sont automatisées (le reste correspondant à des humains envoyant eux-mêmes leurs instructions, par exemple, en renseignant une adresse dans la barre de recherche puis en appuyant sur la touche ENTREE).
(...) Rien n’indiquait donc, dimanche 11 octobre, que des bots russes dédiés à la désinformation, à la diffusion de la propagande et à la manipulation de l’opinion publique aient été neutralisés. Rien, sinon le sentiment des usagers des réseaux sociaux. Toutefois, quelques graphiques ont rapidement été brandis pour démontrer l’évanouissement de certains mots-clés sur les plateformes numériques. C’est notamment le cas d’un schéma supposément réalisé dimanche «par l’Allemagne», montrant que les messages en faveur de l’AfD avaient considérablement décru sur les réseaux sociaux. De façon surprenante, la courbe du «graphique allemand» très rectiligne, semblait rassembler des données collectées jusqu’au jeudi 15 octobre… Soit avec quatre jours d’avance.
Par ailleurs, le graphique avait initialement circulé sans précisions des requêtes supposément concernées par l’inflexion. En remontant le fil des partages, les toutes premières occurrences de l’image sont assorties d’une mention explicite de «génération par intelligence artificielle». Le premier compte à avoir vraisemblablement diffusé l’image, identifié dans le courant de la journée de lundi 12 octobre par le journaliste allemand Jan Vollmer, serait celui d’un homme de 24 ans travaillant dans le service aérien, sans aucune compétence revendiquée pour la surveillance des activités en ligne.
(...) Sollicité par CheckNews, Kevin Limonier, spécialiste de l’infosphère russophone, appelle à la prudence. «Ce serait une erreur d’imaginer que les bots [qui jouent les trolls sur les réseaux sociaux, ndlr] sont hébergés dans des data centers et qu’il suffit de bombarder les serveurs pour les arrêter. Un bot, c’est une chaîne de logiciels différents, qui vont tous avoir une fonction bien précise – détecter une conversation, répondre, partager… – et si un élément de cette chaîne est brisé, il est très facile de le reconstruire ailleurs.» Concernant le sentiment exprimé par certains d’une baisse du nombre de réponses artificielles, il estimait nécessaire d’attendre «vingt-quatre à quarante-huit heures pour avoir des données suffisamment robustes».
Sans guère de surprise, les premières analyses rendues publiques ne montrent aucune variation anormale dans la diffusion des mots-clés présentés comme les plus «évidemment» concernés par le phénomène. «Nous [surveillons] les campagnes russes [mais] nous ne constatons aucune baisse du nombre de publications qui pourrait s’expliquer par une attaque contre des centres de données», commentait auprès du magazine allemand Capital, Josef Holnburger, qui effectue des recherches sur la désinformation numérique pour l’institut de recherche CeMAS (Center für Monitoring, Analyse und Strategie).